dimanche 22 février 2009

Hierry Jacques ( 18 juin 1929 – 10 février 2009 ), d’une crise à l’autre ...












Papi est mort un mardi de février.





Pourquoi l’appeler Papi ? Il fut d’abord un garnement puis un père , un oncle (tonton Jacky) mais il restera avant tout le Papi pour ses petits-enfants qui sont venus chez lui passer des semaines de vacances inoubliables.
Les voici : Agathe, Aude, Manuel, Adrien, et Adèle. Et aussi Sylvain. Papi ne voulait pas que l'on soit triste lorsqu'il partirait...

Une vie bien remplie : les débuts à Dax.



Il est né à Dax en 1929, dans une famille d’ouvriers, pauvres. Je n’ai connu ma grand-mère, Mémé Suzanne, que par la visite que nous faisions à Dax une fois par an, au retour des vacances. Elle n’oubliait jamais de nous donner une grosse pièce de cinq francs , elle qui avait passé sa vie à coudre des sandales. Il a un frère, Maurice, mon parrain, qui repart pour l’Alsace travailler dans les mines de potasse, et a cinq fils, les cousins d’Alsace. Il a aussi trois sœurs, Henriette, à Bayonne, Jeannette à Bordeaux et Claudine à Dax qui s’occupe de Mémé Suzanne jusqu’à sa mort.
Des souvenirs de son enfance à la cité Boulard , il n’en parlait guère mais pendant la guerre, il ne mangeait pas toujours à sa faim. Tout le reste de sa vie, il a veillé à préparer des repas de fête pour recevoir sa famille.
Il a été placé dans une ferme un été pendant la guerre où il a pu enfin manger assez même si les conditions étaient dures. Il n’a jamais oublié de monter sur les cerisiers sur le chemin de l’école.
L’école, il n’en a jamais dit du mal même si l’instituteur était autoritaire et le galopin qu’il était se souvenait de quelques tours pendables auxquels il avait participé. Il décrocha son certificat d’études avec d’autant plus de fierté qu’il ne l’avait peut-être pas entièrement mérité. Fini pour les études, et au travail chez Moliats à transporter des sacs de patates et faire des livraisons. Une de ses fiertés est d’avoir toujours travaillé.

Une vie bien remplie : mariage et débuts à Lourdes.

Les voici après une cinquantaine
d'années de mariage !


Ensuite il rencontre Marie Betbeder à la J.O.C. : ils se marient au début des années cinquante et ont un premier fils, Jean, en 1954. Il travaille au magasin d’alimentation de Saint-Vincent de Tyrosse, face à l’église , mais il n’aime pas dépendre de ses beaux-parents. Départ vers Lourdes où je nais en 1955. Nous habitons face à la grotte de Massabielle et il travaille quelques temps à la carrière avant que l’évêché ne la fasse fermer parce qu’elle gênait les pèlerins. Papi ne dira jamais plus de bien des curés : il se retrouve au chômage avec deux enfants à nourrir.

Une vie bien remplie : travailler chez Pailhès.

Chez Pailhès autrefois , aujourd'hui La Poste.




Départ à Tarbes où il retrouve du travail chez Pailhès,une entreprise de travaux publics, à côté du Jardin Massey et il reste près de 20 ans ! Il conduit une pelle mécanique Poclain ce qui lui vaut une hernie discale au début des années 70 et il en a gardé un modèle réduit.

Une vie bien remplie : Laubadère à Tarbes.

L'immeuble où nous habitions sera détruit
cette semaine : il part en même temps que
Papi.


Après le taudis de Lourdes, nous habitons à Laubadère, dans une cité H.L.M. : enthousiasme des débuts d’une vie nouvelle. Bâtiment E, escalier 25, 4ème étage, si mes souvenirs sont exacts. Il sera détruit au mois de mars mais le mur du fond a connu l’humidité dès les débuts. Naissance du petit troisième, Pierre en 1962. On finit par partir de là pour construire la maison de Sarrouilles . Toutes les fins de semaine, nous montions à Sarrouilles en vélo, en solex et à la fin en voiture, une quatre-chevaux ! Il faut débroussailler car les ronces couvrent le terrain sur plusieurs mètres !

Une vie bien remplie : Sarrouilles.




Grâce à la solidarité de ses amis, à son patron qui l’estimait, grâce aux ouvriers de chez Pailhès qui venaient travailler le samedi et le dimanche ( les basques Capitain et Martin ), grâce à Antoine Rius qui l’aida pour toute la partie administrative et technique , au maçon Cortès, et encore à d’autres, Papi a construit sa maison.
Tout le monde a connu Sarrouilles et la maison isolée sur le chemin de crêtes . Il y reste attaché des figures majeures : le jardin de Papi , le bûcher où il coupait le bois pour le poële, la chèvre Pétula et plus tard Toby le chien fidèle. Il y a aussi l’escalier que les petits-enfants ont nettoyé années après années , la salle à manger dont les cousins d’Alsace ont plâtré le plafond, la cave où on stockait la cuisine du cochon et les foies gras qui ont fait sa renommée ( dans la famille ). C’est dans cette maison qu’il a vécu avec Mamie jusqu‘en 2000.

Une vie bien remplie : les petits-enfants.




Les enfants sont partis les uns après les autres : Jean, le premier, vers Bordeaux, puis moi (Michel) pour Toulouse et enfin Pierre pour Toulouse, Clermont-Ferrand, Rennes et enfin Bordeaux . Et puis ce sont les petits-enfants qui sont venus à Sarrouilles quelques jours pour les vacances : Sylvain, puis Agathe et Manuel et enfin Adrien, Aude et Adèle. Chacun a pu ramasser les œufs des poules ou poursuivre le coq et les canards. Un paradis perdu au fond des bois.

Une vie bien remplie : à Tarbes de nouveau.





Enfin la dernière maison à Tarbes pour les vieux jours quand la santé n’a plus permis d’entretenir le terrain de Sarrouilles. Ce n’était plus aussi magique mais les enfants sont toujours venus passer une semaine chez Papi et Mamie : il y avait encore un jardin mais petit à petit on ne l’entretint plus, Papi garda son habitude de marcher inlassablement : ce n’était plus le chemin de crêtes mais il allait au marché tous les jeudis ou donner un peu à manger à l’âne Coquet.
Et il ne perdit jamais l'habitude de nous réunir pour de bons repas ... arrosés comme il se doit !

Une vie bien remplie (1929-2009)


Et puis la maladie fut de plus en plus pesante et les derniers mois furent difficiles. Il est parti le mardi 10 février 2009 au matin.
Vendredi, nous lui avons fait un dernier adieu, avec ceux qui ont pu venir, et tant d’autres qui auraient souhaité le faire.
Au printemps, nous irons disperser ses cendres dans la forêt landaise, au milieu des bruyères et des fougères selon son dernier souhait.

Un repas d'adieu, le vendredi 13 février 2009







Quelques souvenirs de Papi.




Pour moi, c’est une page de mon enfance avec Tonton Jacky qui se tourne. Un être chaleureux, plein d’humour. Une image d’homme debout, plein de vie. Un battant comme je les aime. Marie-Pierre

Papi ! Avec lui, on faisait toujours la même blague à papa et maman. On fermait le portail pour qu’ils ne puissent pas venir nous chercher. Agathe.

Courir après les poules, toujours courir après les poules ... ça s’oublie pas ! ! ! Adishatz Adrien.

A toute heure, nous savions que des glaces nous attendaient dans le frigo accompagnées du champagne pour Papi. Adèle et Aude.

J’avais 12 ans, je venais de faire ma "grande communion" et vint le temps de la confirmation. Malgré ses convictions "anti-cléricales" il accepta de prendre le rôle de mon parrain pour entrer dans l’église. Je n’oublierai jamais ce geste qu’il fit pour moi. Philippe.
Comme j'étais toujours peinée par la souffrance des Palestiniens, chaque fois qu'on se voyait, il me disait "tu t'intéresse toujours aux Palestiniens?" Alors chaque fois que l'actualité met les Palestiniens sur la scène de la souffrance, je dis "oui, tonton Jacky". Geneviève.
J'ai eu la chance de vivre quelques années aux côtés de mémé Suzanne, et lors du décès de Papa, Tonton est venu passer quelques jours à la maison, et j'ai vu Tontonprendre soin de sa maman. J'ai connu Tonton dans son rôle de fils. Je n'oublierai jamais sa grande main sur le visage de sa mère qui la caressait comme sans doute elle l'avait fait sur son visage étant enfant. Philippe.

Mmmmh ! les poules doivent encore se souvenir avec terreur du dilemme papitique : chasser son petit-fils ou participer à la chasse de ce dernier. Le choix de non interventionnisme outrancier leur a été pour ainsi dire parfois funeste. Manuel.

Pour téléphoner de Sarrouilles, impossible de la maison... Il fallait aller à la cabine du village.
Le 30 janvier 1986, tout était recouvert de neige et Agathe venait de naître. Papi a descendu la colline pour se rendre dans une cabine à Séméac. Peu après, la sonnerie du téléphone résonnait dans la maison ..... Marilys.